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"Anticonstitutionnellement", le plus long mot de
la langue française, n'est pas souvent utilisé. Il s'applique
toutefois à la défense des intérêts des citoyens, que
la constitution de la Vème République semble interdire
d'une manière cinglante : " tout mandat impératif est
nul ".
Pour quelles raisons notre vieille nation redoute-t-elle
tant les " antichambres " au nom de l'intérêt général
qui y serait bafoué ?
C'est probablement la faute à Jean-Jacques Rousseau.
L'intérêt général ne peut être la somme des intérêts
particuliers. La loi doit être l'expression de la volonté
générale. Le peuple souverain désigne le législateur.
Voilà notre catéchisme républicain.
Or, dans le même siècle où nous supprimions les corporations
et tous les corps intermédiaires, le peuple américain
autorisait ses citoyens à se coaliser pour défendre
leurs libertés.
Montesquieu qui a observé le parlementarisme anglais,
puis Tocqueville, promoteur en France de la démocratie
américaine, ne nous ont pas encore convaincu de l'utilité
des contre-pouvoirs pour protéger la société civile
contre les empiétements de l'Etat Léviathan.
Pour ne pas parler que du " lobbying ", qui a toujours
eu mauvaise presse et qui n'est qu'une technique parmi
d'autres, le "corridorage" ou "l'influençage", pour
reprendre les propositions de la Commission de la langue
française est omniprésent et motive très souvent les
choix de nos décideurs politiques. Ces pratiques sont
naturellement et officiellement non existantes, car
elles ne sont pas compatibles avec la philosophie républicaine
et le champ sémantique de notre pays.
Notre propos n'est pas de dénoncer ce système, car
le dialogue entre société civile et décideurs politiques
est nécessaire, à condition que soient absolument respectés
certains principes, dont la transparence et l'éthique.
Aujourd'hui, et dans une économie largement internationalisée
où les informations sont diffusées en temps réel, nous
assistons à une complexité croissante des sujets et
à une augmentation des centres de décisions. La représentation
nationale, indépendante des pouvoirs exécutif et judiciaire,
a donc toujours plus besoin d'informations pour exercer
pleinement son rôle.
S'informer, c'est mieux contrôler et décider de lois
justes, nécessaires et utiles. La défense des intérêts
des multiples groupes sectoriels par des arguments clairs,
précis, n'est pas contraire au fonctionnement de nos
démocraties, puisque c'est le politique qui décide en
dernier ressort.
Le conseil en affaires publiques exerce un métier très
différent du journaliste, de l'avocat, du conseil en
communication, en stratégie ou en relations publiques.
C'est un professionnel de l'import-export d'informations.
Il scrute, étudie, analyse, conseille, se renseigne
sur les décisions prises ou à prendre. Il veille sur
les centres d'intérêt, les réseaux et les organigrammes
des décideurs. Il essaie de comprendre et d'anticiper.
Il ne se substitue jamais puisqu'il transmet sans décider,
mais c'est autour de cette notion d'influence que se
nouent l'enjeu et la réputation de cette profession.
Ainsi, ce qui devrait inquiéter ceux qui présentent
les groupes de pression comme dangereux et antidémocratiques,
c'est cette habitude bien française des contacts informels,
du manque de transparence, des décisions en petits comités,
ou entre camarades de promotion… Le rejet du " lobbying
" apparaît alors comme une pudibonderie malsaine qui
fausse le jeu institutionnel au profit de ce petit nombre
de personnes qui ont accès aux cercles de décision.
Ces pratiques contrastent fortement avec l'évolution
européenne allant vers une ouverture et une transparence
croissante des processus décisionnels. La Commission
rappelait, en janvier 2000, que les organisations non-gouvernementales
contribuent par leur expertise et leur capacité à représenter
des sections diverses de la société. Parallèlement,
le nouveau code de conduite des eurofonctionnaires insiste
sur leur devoir d'écoute envers les organisations extérieures.
Bien souvent, des entreprises et des organisations représentatives
françaises n'ayant pas encore intégré la plus-value
apportée par les cabinets de conseil en affaires publiques,
sont dépassées par rapport à leurs concurrents européens.
Oui, le conseil en affaires publiques est une condition
du jeu démocratique quand il est pratiqué par des spécialistes
indépendants de l'administration et des partis politiques.
Oui, le conseil en affaires publiques est légitime.
C'est pourquoi il doit devenir légal, c'est-à-dire reconnu
et enregistré auprès des pouvoirs publics.
Il est temps que notre idéal de démocratie se tourne
vers des techniques de communication appropriées aux
défis économiques, sociaux et politiques de notre époque,
au risque d'y perdre le plaisir d'utiliser le mot le
plus long de notre langue.
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