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Les partis politiques sont morts : de la fracture sociale à la fracture civile" par Eric Schell et Eric Laplantif

Les 3ème, 4ème et 5ème Républiques ont vécu sous le règne, et parfois sous la domination des partis politiques " qui concourent à l'expression de la volonté générale ". Désormais les trois cohabitations de 1986, 1993 et 1997 ont fissuré ce principe en rendant illisible les positions respectives d'un président vis à vis d'une majorité parlementaire qui, à l'origine, a défendu des points de vue électoralement différents mais qui, dans la pratique, se retrouve sur un consensus de gestion réduit au minimum, donc qui oublie l'essentiel.

Le point culminant, mais existe-t-il vraiment une limite à la décomposition politique, auront été les seize candidats qui ont chacun trouvé dans la France des communes et des départements leurs 500 signatures pour se présenter au suffrage de nos concitoyens avec des revendications catégorielles et thématiques très précises.

Le 21 avril dernier, près de 70 % des électeurs se sont, soit abstenus, soit réfugiés dans un vote de protestation parmi lesquels près de 30 % ont apporté leur suffrage sur des organisations dont les propositions sont dangereuses pour tout système démocratique.

Or le droit au travail, le respect de l'environnement, de la sécurité des biens et des personne, la diversité ethnique et culturelle, le maintien de la souveraineté nationale et le respect de la laïcité et des libertés publiques sont des principes inscrits dans notre constitution et dans nos lois fondamentales qui ne devraient pas faire l'objet d'un particularisme politique mais être déclinés, avec des variantes, dans des programmes électoraux ambitieux et de rassemblement pour gouverner. Le citoyen-électeur n'aurait-il plus aucune vision de l'intérêt général ? Ferait-il passer la recherche de ses avantages ou de ses préoccupations avant une vision collective de la société ? Ou estime-t-il que les partis politiques de gouvernement auraient abandonné les respect de ces principes fondamentaux ?

La répartition des suffrages exprimés lors du premier tour de cette dernière élection présidentielle souligne cette primauté des intérêts particuliers sur l'intérêt général et sur une vision collective de la société.

Ainsi, la grande majorité de ces électeurs semble percevoir le Front National comme " une organisation non gouvernementale sécuritaire " c'est à dire une structure qui n'a pas vocation à diriger notre pays, la quasi totalité de son électorat ne le souhaite d'ailleurs pas, mais à sensibiliser nos gouvernants sur les problèmes de sécurité et l'obligation d'apporter des réponses précises et efficaces. Une analyse identique peut également être faite avec les organisations d'extrême-gauche perçues par de nombreux citoyens comme des " Organisations non gouvernementales spécialisées dans la lutte contre les inégalités sociales " et dont, de nombreux membres ou sympathisants sont les correspondants nationaux des principales ONG anti-mondialisation.

Les précédents messages envoyés aux représentants de la Nation n'ayant pas été entendus, le citoyen-électeur a donc clairement exprimé, le 21 avril dernier, le sentiment d'abandon qu'il ressentait et l'inefficacité croissante des relais d'expression classiques et des corps intermédiaires (partis politiques, syndicats, organisations professionnelles).

Le citoyen électeur ne comprend plus le rôle et les missions des collectivités territoriales et des structures administratives beaucoup trop nombreuses. Il dénonce l'impuissance des représentants des organisations professionnelles à défendre efficacement ses intérêts au niveau national, européen et international. Il se méfie des médias dont il remet en cause l'indépendance et n'a d'autre moyen aujourd'hui de s'exprimer qu'en descendant dans la rue, en saccageant une mairie ou un commissariat de police, en séquestrant son directeur d'usine, en votant LE PEN ou LAGUILLER.

Les représentants des partis politiques de gouvernement peuvent-ils encore récupérer ce citoyen électeur avant que cette fracture civile ne soit irréversible et balaye le programme minimum de la démocratie dont la base électorale a tout de même rassemblé plus de 80 % des électeurs du second tour de l'élection présidentielle ? Pour combien de temps encore ?

Nous tombons tous d'accord sur le diagnostic de la mort des partis politiques. Nous sommes sans illusion sur le caractère éphémère des confédérations ou unions électorales qui vont voir le jour lors des prochaines élections législatives de juin 2002. Nous respectons la mission des organisations non gouvernementales sans leur reconnaître une vocation à représenter l'intérêt général. Nous appelons au sursaut des corps intermédiaires, chers à Montesquieu. Qu'ils soient territoriaux, sociaux et professionnels, ils reprendront l'initiative d'un dialogue social pour refonder la vie publique.

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