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Les 3ème, 4ème et 5ème Républiques ont vécu sous le
règne, et parfois sous la domination des partis politiques
" qui concourent à l'expression de la volonté générale
". Désormais les trois cohabitations de 1986, 1993 et
1997 ont fissuré ce principe en rendant illisible les
positions respectives d'un président vis à vis d'une
majorité parlementaire qui, à l'origine, a défendu des
points de vue électoralement différents mais qui, dans
la pratique, se retrouve sur un consensus de gestion
réduit au minimum, donc qui oublie l'essentiel.
Le point culminant, mais existe-t-il vraiment une
limite à la décomposition politique, auront été les
seize candidats qui ont chacun trouvé dans la France
des communes et des départements leurs 500 signatures
pour se présenter au suffrage de nos concitoyens avec
des revendications catégorielles et thématiques très
précises.
Le 21 avril dernier, près de 70 % des électeurs se
sont, soit abstenus, soit réfugiés dans un vote de protestation
parmi lesquels près de 30 % ont apporté leur suffrage
sur des organisations dont les propositions sont dangereuses
pour tout système démocratique.
Or le droit au travail, le respect de l'environnement,
de la sécurité des biens et des personne, la diversité
ethnique et culturelle, le maintien de la souveraineté
nationale et le respect de la laïcité et des libertés
publiques sont des principes inscrits dans notre constitution
et dans nos lois fondamentales qui ne devraient pas
faire l'objet d'un particularisme politique mais être
déclinés, avec des variantes, dans des programmes électoraux
ambitieux et de rassemblement pour gouverner. Le citoyen-électeur
n'aurait-il plus aucune vision de l'intérêt général
? Ferait-il passer la recherche de ses avantages ou
de ses préoccupations avant une vision collective de
la société ? Ou estime-t-il que les partis politiques
de gouvernement auraient abandonné les respect de ces
principes fondamentaux ?
La répartition des suffrages exprimés lors du premier
tour de cette dernière élection présidentielle souligne
cette primauté des intérêts particuliers sur l'intérêt
général et sur une vision collective de la société.
Ainsi, la grande majorité de ces électeurs semble percevoir
le Front National comme " une organisation non gouvernementale
sécuritaire " c'est à dire une structure qui n'a pas
vocation à diriger notre pays, la quasi totalité de
son électorat ne le souhaite d'ailleurs pas, mais à
sensibiliser nos gouvernants sur les problèmes de sécurité
et l'obligation d'apporter des réponses précises et
efficaces. Une analyse identique peut également être
faite avec les organisations d'extrême-gauche perçues
par de nombreux citoyens comme des " Organisations non
gouvernementales spécialisées dans la lutte contre les
inégalités sociales " et dont, de nombreux membres ou
sympathisants sont les correspondants nationaux des
principales ONG anti-mondialisation.
Les précédents messages envoyés aux représentants de
la Nation n'ayant pas été entendus, le citoyen-électeur
a donc clairement exprimé, le 21 avril dernier, le sentiment
d'abandon qu'il ressentait et l'inefficacité croissante
des relais d'expression classiques et des corps intermédiaires
(partis politiques, syndicats, organisations professionnelles).
Le citoyen électeur ne comprend plus le rôle et les
missions des collectivités territoriales et des structures
administratives beaucoup trop nombreuses. Il dénonce
l'impuissance des représentants des organisations professionnelles
à défendre efficacement ses intérêts au niveau national,
européen et international. Il se méfie des médias dont
il remet en cause l'indépendance et n'a d'autre moyen
aujourd'hui de s'exprimer qu'en descendant dans la rue,
en saccageant une mairie ou un commissariat de police,
en séquestrant son directeur d'usine, en votant LE PEN
ou LAGUILLER.
Les représentants des partis politiques de gouvernement
peuvent-ils encore récupérer ce citoyen électeur avant
que cette fracture civile ne soit irréversible et balaye
le programme minimum de la démocratie dont la base électorale
a tout de même rassemblé plus de 80 % des électeurs
du second tour de l'élection présidentielle ? Pour combien
de temps encore ?
Nous tombons tous d'accord sur le diagnostic de la
mort des partis politiques. Nous sommes sans illusion
sur le caractère éphémère des confédérations ou unions
électorales qui vont voir le jour lors des prochaines
élections législatives de juin 2002. Nous respectons
la mission des organisations non gouvernementales sans
leur reconnaître une vocation à représenter l'intérêt
général. Nous appelons au sursaut des corps intermédiaires,
chers à Montesquieu. Qu'ils soient territoriaux, sociaux
et professionnels, ils reprendront l'initiative d'un
dialogue social pour refonder la vie publique.
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