PRESENTATION : LES ENJEUX
DE LA DEMOCRATIE PARTICIPATIVE
Xavier DELACROIX, Président de l'AFCAP
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Afin de "planter le décor ", commençons
par une présentation de l'association. L'AFCAP est née de
la volonté de nourrir une réflexion et un débat sur le thème
des affaires publiques. Définition des affaires publiques
: l'interface entre les affaires du public et le public
des affaires, sans jeu de mot particulier puisque nous entendons
ici le terme "affaires" selon la terminologie anglo-saxonne
du business. On constate un équilibre assez délicat entre
les intérêts privés et les intérêts publics, ne recouvrant
pas toujours la logique de l'intérêt individuel opposée
à celle de l'intérêt collectif.
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Plus concrètement, l'association est née il y a 18 mois et regroupe environ 25
membres, exclusivement des professionnels du conseil : conseil en
stratégie, en communication, en stratégie du changement (ou management
dit social), des lobbyistes plus traditionnels, des cabinets d'avocats.
A travers échanges et rencontres en comités restreints, l'objectif est de réfléchir à nos métiers - ce qui a donné lieu ces 18 derniers mois à une série de dîners en petit comité avec des personnalités faisant l'actualité, comme Rony BRAUMAN, Arnaud MONTEBOURG, Claude SERILLON ou Laurence VICHNIECHSKY sur des thématiques liées à leurs fonctions.
Par delà les échanges, nous souhaitons aussi élargir ce type de discussion ; d'où ces premières matinées avec un plateau d'extrême qualité - et je remercie l'ensemble des participants d'avoir accepté de venir débattre sur le thème de la concertation.
Première problématique sur le thème de la concertation : quelle est la logique d'échange entre l'intérêt particulier et l'intérêt général ? Toute la logique du conseil est par définition d'amener son client à comprendre qu'il n'est pas seul au monde et que l'intérêt extérieur et plus général peut avoir des vertus à prendre en compte. Donc le paradoxe n'est à ce titre qu'apparent.
Quelle est la signification de cette interface intérêt particulier/ intérêt général ? Lord Palmerston, un des nombreux premiers ministres de la reine VICTORIA a dit un jour : " Je n'ai pas d'amis, je n'ai pas d'ennemis, je n'ai que des intérêts". Certains peuvent définir l'intérêt général comme étant le service d'un intérêt particulier. Sans lancer de polémique, on peut considérer que le cas du politique rentre dans ce cadre. Cela peut être le cas du religieux, mais ce n'est pas là notre sujet. Alors l'intérêt général est-il la somme d'intérêts particuliers ? L'intérêt du plus grand nombre ? Celui d'une entité définie par un système de représentation ? Par le système de représentation ?
Nous articulerons notre réflexion sur la concertation autour d'acteurs tels que le citoyen, les élus locaux et nationaux (avec un débat sur l'articulation entre les deux), l'acteur économique, l'administration, le savant, l'expert. Remarque : cette segmentation est assez complexe dans la mesure où le même individu peut être au même moment à la fois salarié, électeur, client, consommateur et riverain - ce qui amène parfois des tiraillements internes et nous confronte à un phénomène de rationalité assez limitée. Ainsi, au risque de faire grincer des dents certains scientifiques, la réflexion universitaire est parfois d'extrême qualité mais elle doit tenir compte d'une certaine trivialité et de certains égoïsmes (exemple : le nombre de tracés d'autoroutes ou d'implantations de sites classés qui doivent leur destin à la proximité de la résidence secondaire d'un décideur ou d'un "influenceur"). C'est peut être une vision par le petit bout de la lorgnette mais nous sommes souvent confrontés à ce genre d'intérêts extrêmement privés parés des vertus de l'intérêt général.
Autre point judicieux à analyser : l'interface entre l'utilité sociale, sociétale, générale d'un projet, d'un équipement, d'un savoir et la logique qu'il peut y avoir avec les contraintes de mon intérêt particulier à voir ce type de projet être mis en place.
La concertation permet de participer à un certain nombre de choix mais elle suppose aussi la connaissance (autre point du débat). Aujourd'hui, nous sommes dans un contexte d'extrême fragmentation de la connaissance (OGM, effets sur la santé de telles et telles molécules). Ces éléments de connaissance qui peuvent aider à concerter voire à décider, ne sont aujourd'hui pas partagés par tout le monde. " Qui sait quoi ? " est une des questions que l'on se pose aujourd'hui et une des réponses est que le doute a été érigé comme forme de certitude de danger (autre version de ce que l'on peut appeler le principe de précaution).
Nous en arrivons à une interrogation sur les modalités de la concertation. Il y a l'approche d'Edmond Hervé, maire de Rennes, pour qui la concertation existe depuis très longtemps sous la forme des élections : " je vous propose quelque chose : si vous votez pour moi, vous l'aurez ; si vous me sortez du conseil municipal vous aurez autre chose " - version assez manichéenne des choses.
Une piste de débat est ici levée pour les politiques qui débattront plus tard sur leur approche : comment placent-ils l'élection par rapport à d'autres éléments de concertation, avec l'interrogation sur le marketing en passe de remplacer les urnes…
Interrogation enfin sur les éventuelles vertus d'une institutionnalisation de la concertation. Si oui, sous quelle forme, avec quelle évaluation de ses succès, avec quelles contraintes ?
Parallèlement, amenons une réflexion sur le principe de décision : la concertation est un moment dans un processus, trop souvent confondu avec la notion de consensus, ce qui interroge un certain nombre d'acteurs (administrations, acteurs économiques, politiques) sur la notion de décision.
Afin de débattre de ces différents thèmes, nous disposons d'un plateau élargi de chercheurs, d'observateurs, d'élus, de citoyens, de représentants du monde économique, puis des acteurs et des victimes de la concertation qui se présentent comme tels (et il est intéressant de voir la façon dont ils perçoivent les choses).
L'objectif : une vraie confrontation d'idées, d'analyses et d'expériences afin de faire avancer la réflexion sur ce thème essentiel pour une démocratie digne de ce nom.